Un jour, après m’être essayée à peindre, à coller, à gratter, à dessiner avec des craies de plus en plus grasses, après avoir joué avec la terre, j’ai gratté et plongé dans l’acide mes premières plaques de zinc.

 

C’était des plaques qui avaient recouvert des toits, qui avaient subi le vent et la pluie. Dans la rue, je récupérais aussi du bois, du carton, du plexi. Tous ces matériaux abandonnés retrouvaient une nouvelle noblesse une fois gravés et imprimés.

 

J’utilisais des papiers très fins ou d’autres très épais ; des papiers recomposés que je laissais tremper longtemps pour en faire une pâte étrange, que je teignais avec mon café ou mon thé.

J’ai créé des anges et des temples, qui m’ont suivi dans mes voyages à travers l’Europe, je posais mon sac dans des ateliers de gravure, où la langue est universelle.

 

 

De l’Allemagne à l’Autriche, de l’Ecosse à la Belgique, j’ai toujours recherché les collines de Provence que j’avais laissées derrière moi. Au creux de mon imaginaire, je me suis lovée ; j’ai avancé dans mes paysages sous des ciels d’orages ou des bleus immenses  bordés de neige venue des Alpes.

 

Parfois mon trait se confond avec une écriture, une langue secrète que je suis seule

à pouvoir lire.

Parfois, je joue avec des collages de papiers, et des couleurs de terre, soulignés par le bleu dur du ciel.

 

Ou un rouge de colère.